Mot de Jean Morfin pour rendre hommage à Guy Mann décédé début avril:

 

Guy Mann, un grand monsieur

« J’ai appris avec tristesse le décès début avril de Guy Mann. Il fut un grand Monsieur du piano et longtemps un adhérent de l’AFARP. Il était issu d’une famille de techniciens du piano de la manufacture Gaveau. J’ai oublié combien de générations chez Gaveau…

Tout a commencé en 1977, j’ai rencontré Guy alors qu’il était Directeur Technique de piano Center. Il y avait trois frères Mann, Guy et Roger (dit Jeannot) chez Piano Center et Marc chez Hanlet. A cette époque Piano Center était une entreprise qui employait environ une cinquantaine de personnes. Le principal magasin était à la Garenne Colombes et l’atelier à côté. Celui-ci importait entre autre les pianos Sauter et également les pianos à queue Kawai. Ceux-ci arrivaient en France équipés de marteaux Renner sans que la finition des marteaux soit faite. J’avais déjà une dizaine d’années de formation dans le piano dont deux ans en manufacture chez Rameau à Paris et Alès et Euterpe/Feurich à Langlau. Je suis resté trois ans à travailler avec Guy qui m’a formé sur la finition et l’harmonisation.

Guy était apprécié de chacun. Sa pondération, sa patience, son savoir étaient autant de qualités qui en faisaient un excellent Directeur Technique. L’exigence était de règle. Chaque piano droit neuf vendu passait par l’atelier avant livraison pour un contrôle de finition de deux heures environ (hors accord) Certain samedi vingt ou trente pianos se vendaient. Pour les queues Kawai le travail d’harmonisation et de finition prenait vingt heures par piano toujours hors accords. Nous étions à une période, cinq harmonistes finisseurs pour les queues et chacun avait sa sonorité, scintillante, ronde, ronronnante, avenante, etc…

Un Directeur technique moderne

Etant Directeur technique, Guy aurait pu imposer un son pour ces pianos. Au contraire, il laissait chacun s’exprimer. Il laissait se faire ce travail entre les qualités ou défauts du piano et l’expérience et le gout de l’harmoniste. Pour moi, à partir d’un certain niveau, chaque harmonisation était comme un travail de sculpture, la même émotion à l’instant ou la forme apparaît ou le son de l’instrument est là et qu’il n’y a plus qu’à finir, à parfaire.

Avant d’en arriver là, pendant des mois ce fut un accompagnement par Guy que je dérangeais régulièrement une fois, deux fois, trois fois par jour pour qu’il vienne écouter, corriger, commenter mon travail et me donner les outils, les conseils pour aller plus loin. Et si nous avons tous deux quitté Piano Center, nous avons longtemps conservé une amicale relation ? C’est au nom de cette amitié et du très grand respect que j’avais pour lui que je tenais à partager avec vous ces quelques souvenirs. »

Jean Morfin