suite à la présentation officielle du DuoClave en avril 2026 au salon Akustika de Nuremberg et au congrès EuroPiano France, voici quelques éléments sur son créateur, le facteur de pianos français Paul Corbin, ainsi que la genèse et les principales caractéristiques techniques de ce double-piano unique.
C’est en étudiant la musique dans ma jeunesse que j’ai découvert le répertoire pour quatre mains et pour deux pianos. Le jeu en duo m’a toujours laissé un agréable souvenir. Plus tard, devenu technicien, j’ai eu la chance de
restaurer un double-piano Pleyel du XIXe siècle. Sa complexité et ses possibilités musicales m’ont définitivement orienté vers l’idée d’en fabriquer un.
Parallèlement, j’ai toujours été attiré par la mécanique. Mon diplôme en mécanique industrielle m’a donné un regard différent sur le piano et sur ses axes d’amélioration. J’ai vite constaté que sa conception restait très marquée par la tradition, issue de plusieurs siècles d’empirisme, et qu’elle avait peu évolué depuis l’avènement du piano dit « moderne ». La fabrication actuelle est homogène et sûre, mais laisse peu de place à la créativité.
Je voulais donc tenter une autre approche, expérimenter, comprendre et repousser les limites de l’instrument. Bien avant de me lancer dans la fabrication du DuoClave, je m’étais promis de construire un piano radicalement différent si l’occasion se présentait.
Cette opportunité est arrivée en 2015 lorsque j’ai intégré le bureau d’études de l’usine C. Bechstein à Seifhennersdorf. L’expérience au sein de cette entreprise et de l’Allemagne ne devait durer qu’un an. Dix ans plus tard, j’y étais toujours, avec la condition de pouvoir y construire mon propre piano. En échange, je renouvelais entièrement leur gamme. J’ai ainsi pu bénéficier des machines et de l’outillage nécessaires pour concrétiser ce projet. J’en profite d’ailleurs pour remercier du fond du cœur cette entreprise qui a su me faire confiance et qui a permis la concrétisation d’un projet aussi ambitieux que novateur.
Concept général
Un double-piano présente plusieurs avantages par rapport à deux instruments séparés : encombrement et poids réduit sur scène, homogénéité des timbres, il possède une seule table d’harmonie et un seul couvercle, ce qui favorise l’équilibre acoustique.
Les deux pianistes jouent véritablement sur un seul et même instrument
commun, comme s’ils étaient embarqués sur le même bateau.
Assis face à face, ils perçoivent mieux les intentions de l’autre, ce qui renforce la complicité et la sensation d’unité musicale. Le DuoClave pousse cette expérience encore plus loin.
matériaux
Les matériaux employés s’éloignent parfois de la facture traditionnelle. Environ 30 % de la masse totale du piano est constituée de bambou Moso, utilisé pour la structure, les ceintures, les plateaux de clavier et quelques autres petites pièces. Stable, rigide et léger, il offre un excellent rapport masse-performances et se travaille facilement. Le DuoClave est, à ma connaissance, le premier piano au monde construit avec ce matériau.
Plus d’une vingtaine d’essences de bois entrent dans sa fabrication, locales ou exotiques, sans qu’aucune ne figure sur la liste CITES des espèces animales et végétales protégées.
Des composites à structure sandwich sont utilisés à plusieurs reprises, notamment pour le couvercle : âme en balsa prise entre deux couches de fibre de verre et résine époxy. La surface totale du couvercle est environ 50% plus grande qu’un piano de concert conventionnel pour un poids comparable. Certaines petites pièces sont réalisées en impression 3D en polyamide renforcé à la fibre de carbone.


