LES PIANOS À CLAVIER BASCULANT

Relativement simples dans leur principe, ces instruments étonnent toujours le grand public, qui découvre là une facette méconnue et du piano et de l’ingéniosité des hommes.

Appelé piano commode, bahut, de bateau, ou de voyage, nous connaissons tous ce genre d’instrument au clavier dit rentrant, relevable ou encore escamotable. Cette particularité est souvent interprétée comme étant le symbole d’une époque distincte, le plus souvent celle des années 40-50, avec ses meubles réduits à leur plus simple expression, tout à fait dans la rigidité et la sobriété des lignes correspondant à l’ascétisme voulu du mobilier moderne. Mais pas que…

… car, si on met en route la machine à remonter le temps, on s’aperçoit que le piano à clavier basculant avait déjà connu le succès, c’était au milieu du XXè siècle, au début du grand essor industriel. Il est évident qu’au delà de l’équipement huppé des paquebots, des salons et cabines de dames, bref, du voyage et du rêve, son côté pratique a rapidement séduit un public plus sédentaire. Son usage se généralisera naturellement pour son système et son faible encombrement.

Disparu de mode aujourd’hui (peut-être un jour en reverrons-nous un jour en magasins ?), il s’est quand même vendu pendant un bon siècle. L’un des premiers brevets en France serait celui de Rogez, en 1838, mais le sujet aurait été travaillé plus tôt (on pense aux britanniques Isaac Hawkins qui créa un piano forte portatif au tout début des années 1800 et William Jenkin & son qui proposait un piano pliant et dépliant pour yachts).

Le clavier basculant présente plusieurs avantages : Il est pratique, esthétique, et n’entraîne pas de surcoût significatif à la fabrication. Enfin, cette disposition ne gêne pas les réglages principaux du clavier ou de la mécanique ainsi que l’approche de ces deux parties par l’accordeur.

Les facteurs français les plus connus dans le domaine sont nos contemporains Pleyel, Klein et Elcké.  Pour les plus anciens, citons surtout Blondel et Aucher Frères.

Le fameux Elite ou ST de Pleyel (voir document). H. 110, long. 142, prof. fermé : 39, ouvert : 58, poids 170 kg. Un autre modèle, le SR, bien plus grand (construit sur la base du P), pouvait contenir un combiné phono-radio (avec t.s.f. 7 lampes), disposé dans la partie supérieure, et très facilement accessible. Leur carrière : le ST de 1937 à 1961, et le SR de 1934 à 1942.

 

Nous avons deux Elcké au musée, un acajou et un noyer fil à 7 octaves (de 1949 et 1956). Sous le clavier, deux casiers range-partitions encadrent un petit panneau du bas, amovible et qui se ferme automatiquement quand on relève le clavier, masquant les pédales. On ne peut donc deviner (c’était le but recherché) un piano, une fois ce panneau fermé. Chez Klein, c’est le Studium qui se rappelle à notre bon souvenir.

 Deux Elcké, ouvert et fermé (voir photo)

 Pour la période XIXè, Limoux abrite des instruments basiques (cadre bois, mécanique à baïonnettes, 7 octaves), productions des précités Aucher et Blondel, ce Blondel (1813-1893)  que je me fais un plaisir de saluer au passage : On lui doit entre autres un piano octavié, un piano-orgue à un clavier, un système de double échappement dit ’’mécanique Blondel’’, mais pour les techniciens, il est surtout connu pour le débridage des baïonnettes (leur permettant à leur base de coulisser dans le talon du chevalet d’échappement), principe ensuite adopté par tous les facteurs de pianos. Signalons, sur ses pianos exposés à Limoux (voir photo), un système manuel réglable par vis (à droite du clavier) qui permet de monter ou baisser la mécanique de quelques mm pour le réglage pile poil des pilotes.

Piano de bateau

Voici à présent la curiosité attendue : un piano de bateau. Je vous propose un Schindler, acajou, posé sur un piétage (voir photo), avec une barre de bois amovible en lieu et place de pédale forte. Un autre bel exemple de ce qu’a été la France profonde du piano, celle de ces petits facteurs, inventive en diable et trop oubliée aujourd’hui. Rappelons rapidement que les ancêtres de Robert Schindler, Antoine et ses fils étaient installés au Perreux, une affaire de construction de bateaux à vapeur pour la navigation fluviale. C’est un de ces fils, Auguste, qui épousera une demoiselle Labrousse dont le frère fabriquait des pianos. Tenté par le métier, Auguste lancera les pianos Schindler en 1884 et créera avec ses enfants Paul et Gaston une usine rue Brillat-Savarin à Paris (13è). Robert, fils de Gaston, est le dernier de cette lignée d’inventeurs. Ce sympathique instrument représente en quelque sorte le symbole d’une dynastie qui est passée du bateau au piano.

Le compositeur Rudolph Friml avait un Schindler de voyage (voir document). Il a travaillé sur cet instrument des partitions devenues des  succès tels que « Rose-Marie », les trois mousquetaires, etc…

Nous avons à Limoux un modèle identique, un Cramer de 1917. On peut penser que ce missionnaire a lui aussi bien bourlingué avant de trouver son port d’attache terre cathare. Et malgré sa petite taille et son état intérieur pitoyable, j’ai retiré, d’après le peu de sonorité qu’il transmet encore, la nette impression que ce petit format n’a rien à envier à beaucoup de ses grands frères. Meuble chêne, mécanique à baïonnettes, cadre fonte, 5 octaves, montage à cordes doubles. Dimensions : H. : 70, L. : 107, P. : 53 (37 cm replié), environ 70 kg.

Le petit Cramer du musée de Limoux (voir photo)

Ici, un autre piano à clavier basculant, un Arencibia, droit, de 1892. Il s’agit, en fait d’un instrument triple : devant, le piano principal est additionné d’un harmonium (voir photo). Derrière, le piano secondaire a son clavier basculant (voir photo). J’en parle un peu plus dans d’autres articles.

Jean Jacques Trinques

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