Le piano girafe

La forme du piano droit que nous pratiquons aujourd’hui nous parait tout à fait banale, nous le connaissons par cœur, c’est notre pain quotidien. On peut situer l’aboutissement de cet instrument dans les années 1820/1830, après moult inventions, perfectionnements, dispositions et élucubrations diverses, dont le piano girafe.

Le piano girafe de Limoux
[av_dropcap1]S[/av_dropcap1]achons, pour faire simple, que la ‘’verticalisation’’ du piano, bien qu’abordée très tôt (vers 1740, Italie, Allemagne), ne s’affirmera qu’au passage du siècle suivant. Au départ certainement inspiré du clavicytherium (à cordes pincées), cette disposition montrera — fallait-il y penser— un queue verticalisée et posée sur quatre pieds, principe que les anglais reprendront vers la fin du siècle. Puis l’américain Hawkins et le viennois Muller imagineront simultanément en 1800 de combler l’espace laissé libre sous le clavier : la base de notre piano droit prenait forme. Mais au dessus ce fut une autre paire de manches. Voici venu le temps des spectaculaires pianos-cabinet, secrétaire, armoire, lyre, pyramidal, harpe, etc… et surtout le girafe, qui n’est pas le moins élégant ni le moins répandu. Il sera fabriqué jusque vers 1850, une vie qu’on peut toutefois qualifier d’éphémère car il n’aurait été inventé qu’en 1798.

 

Coupe de ce mécanisme (d’après le Harding, The pianoforte, page 233).

Le piano girafe de Limoux est un classique du genre. Plutôt sobre dans ses lignes (H : 225 cm, plaquage de noyer fil ciré), il n’arbore aucune cariatide, pas un bronze ou médaillon, aucun décor subtil, marqueterie ou frisage. Pas de marque, également, aucune indication d’origine (je parierais pour un autrichien des années 1830).
Sitôt enlevé le grand panneau du haut, l’intérieur dévoile un champ de bataille qui pourrait occuper pendant de longs mois une escouade d’accordeurs-réparateurs. La mécanique (viennoise) est située sous la ligne du clavier (tessiture 6 oct ½, do à sol). Les cordes, ou plutôt ce qu’il en reste, ne donnent plus le moindre son depuis des lustres. Les têtes des marteaux sont garnies de trois bandes de mince peau blanche, une plus épaisse de peau foncée et enfin une de feutre blanc.

(Condensé d’un article paru dans la revue Pianistik n°96, décembre 2012)
Luc Guiot
Author: Luc Guiot

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